vendredi 7 mai 2010

I wanna be a part of it...

L'autre jour, en allant à la Tanzfabrik, j'ai trouvé une friperie dans une entrée d'église. Elle ne se tient qu'une fois par mois pendant deux jours et il y a des portants sur le trottoir et à l'intérieur des portes largement ouvertes. On peut monter par les escaliers du côté pour aller essayer des fringues. C'était je pense la première fois que je me déshabillais dans une église...

L'autre jour, un peu plus tard, j'ai eu un début de plan assez intéressant. Ludger m'a présenté à une compagnie composée d'un duo de danseurs (Hyoung-Min, coréenne et Thomas, allemand francophone) accompagné par un musicien italien dont le prénom m'échappe. Ils risquent d'avoir besoin de menus coups de main, et le deal c'est que j'assiste à leurs répèt, à tout leur processus de recherche créative en échanges de petits services.

Première séance, je comprends rapidement l'ampleur des dégâts : ils travaillent sur de l'argile (vaguement comparable à de la boue, une tonne récupérée sur une sorte de chantier près de Berlin) dont ils ont recouvert une bâche - c'est pour l'instant leur terrain d'improvisation. Deux sessions de trois petits quarts d'heure, entrecoupées de discussions sur ce qu'il vient de se passer. La thématique des réfugiés, de l'exil, de la migration. L'attente, l'anxiété, la nature de l'homme qui continue de dormir, de pisser, de manger parfois, de chercher de l'eau. Ils me demandent de prendre des photos (tout est filmé, toujours), je m'éclate. Chacun évolue plutôt dans son coin. Musicien et danseurs en impro, se font des retours à la fin. Restent assez indépendants les uns des autres.

Deuxième séance. Juste les deux danseurs. Changement temporaire de studio, ils ne réinstallent pas l'argile, par flemme et pour ne pas rester prisonnier du matériel.
T : "Shall we talk ?"
H-M : "We don't talk, we try to read each other."
Une trâme avec différentes phases dont ils ont discuté au préalable et qu'ils essaient de différentes manières. Ca fait drôle d'être seule face à eux dans un studio quand ça devient violent, sexuel. De fait, beaucoup plus d'interaction entre les deux. Essayer des choses et voir ce qui fait sens au vu du "message" qu'il cherchent à transmettre. Je leur demande à la fin si je ne les ai pas trop dérangés : pas de soucis, c'est même pas mal d'avoir une autre présence dans le studio. Très bien.

Troisième séance en mode solo. Chacun prend des notes et donne son avis à la fin.
T : "I don't wanna judge..."
H-M : "I think we should start to judge."
L'après-midi se termine sur Thomas donnant des directives à Hyoung-Min, sous formes d'images. Et bien passer d'un chien joyeux à se faire violer sans changer de position, il faut trouver une transition adéquate... Gros travail sur les transitions justement. On a le droit de rire, et ce n'est pas la première fois que je m'en aperçois : quand la danse contemporaine part en couille, on a le droit de rire. Même si tout le monde n'éclate pas de rire, on a le droit de réagir et c'est très agréable : ça fait relâcher la pression d'un spectacle souvent bizarre où tout le monde se triture à chercher le sens. Une approche constructive de leur part à ce propos : passer de l'abstrait au concret en laissant une trâme claire, un fil directeur qui ne perde pas trop le spectateur.

Ils sont en résidence à la Tanzfabrik pendant deux mois, puis deux semaines aux Ufastudios et attaquent leurs premières dates mi-juillet. C'est donc vraiment chouette car si la relation se poursuit comme telle, j'aurai l'occasion d'un bon suivi de projet. C'est déjà intéressant au plan de la production artistique, pour voir de quoi ils sont partis, par quelles étapes ils sont passés pour porter un regard plutôt éclairé sur le résultat. Ils ont autour d'eux une équipe composée d'une "stage designer", d'une administratrice qui ne doit pas s'occuper que d'eux, d'un directeur qui serait le copain de H-M et d'un ingé lumières : des gens que je vais avoir l'occasion de rencontree, et maintenant une petite stagiaire qui voudrait bien leur rendre quelques services !

lundi 3 mai 2010

1er Mai berlinois

A vrai dire, les festivités commencent la veille. La Boxhagener Platz est cernée de flics, il y a des barrières posées à toutes les entrées avec fouille des sacs (principalement pour les bouteilles en verre) A l'intérieur se succèdent concerts punk et lectures de discours (à saveur anticapitaliste, antifa, selon), le bar du Zielona Gora est blindé. Une énorme concentration de crêtes multicolores, de looks vraiment travaillés, de dreads aussi parfois. La mode est au rose, me suis-je dit il y a peu en voyant pas mal de nénettes arborer cette couleur, mais le rouge et le vert sont aussi bien présents... Les pots de Vivel Dop extra-strong seront vides après-demain.

La police allemande : en vert (sonnant tout de suite très militaire) ou plus rarement bleu marine, représentation féminine très forte pour ce type d'évènement, présence énorme pour un concert en plein air. Une trentaine de fourgonettes pour un petit millier de personnes sur la place. Gentils je dirais : plutôt intransigeants mais capables d'amabilité.

Je pars avant d'avoir le dénouement de cette soirée, un autre programme m'attend. Passage dans une Proberaum, un bâtiment avant rempli de studios d'enregistrement et aujourd'hui sérieusement menacé de démolition. Un de ces bâtiments informes de la Revaler Strasse dans laquelle je ne suis pas prête d'arriver au bout de mes surprises. On entre par une porte qu'il fallait connaître, un monte un escalier tout dégueu pour arriver dans un couloir menant sur trois pièces : une d'où sort de la musique, une complètement vide, une autre où il faudrait tourner une scène malsaine - tapis rouge, une marche d'estrade au fond, lumière rose, drapés au plafond, la dernière servant de dortoire et de petites discussions. Je ne reste pas longtemps mais apparemment la suite promettait, avec notamment démolition de murs en boites de coquilles d'oeufs, batailles à coups de carton... Je vais récupérer mon vélo, direction Kreuzberg pour boire une bière avec Jeanne et des potes à elle. Et puis Berghain. Une des trois plus grosses boîtes de la capitale. De l'électro très réputée et, chose assez inhabituelle, commençons la description par la queue. Une bonne heure et demie le samedi, et l'incertitude permanente quant à se faire jeter. Légende urbaine : toutes les semaines, le videur du Berghain se retrouve avec quelques potes ? autres videurs ? gens très hypes ? et ils décident ensemble de quel profil pourra ou non rentrer pendant la semaine. Ils virent des groupes de nanas bien sapées et font rentrer trois gars qui ne paient pas de mine. C'est vraiment à s'y perdre.

Petite demie-heure de queue seulement pour nous, il jète un coup d'oeil au leggings argentés de Jeanne et au look Lady Gaga de sa pote, et nous laisse entrer. Seul le Panorama Bar est ouvert le vendredi, donc une grande salle avec un côté dance floor, un énorme bar au milieu et un côté canapés. En vous perdant pour aller aux toilettes, vous tomberez peut-être également sur une de ces petites niches où des couples (+ si affinités) viennent consommer une fiévreuse passion engagée sur la piste de danse. On note au passage que les photos sont interdites ici.

Musicalement, je reste choquée par les basses qui tremblent et font sauter le coeur dans sa cage. De vraies montées qui rappellent que c'est une musique qui colle à la drogue. Des explosions de sons qui auraient dû depuis longtemps faire s'écrouler les murs. Une musique qui indéniablement fout la patate et laisse le temps filer, filer jusqu'à ce que filtre par les volets une lumière qui n'est déjà plus celle de l'aube. Bientôt 6h. On profite encore un peu. Retour au grand jour, croiser des gens café à la main. Ca me met toujours le sourire.

Voilà donc comment aura commencé mon 1er Mai. Une nuit très courte pour ne pas perdre trop de temps. Myfest débute vers 14h, ce qui signifie des concerts partout dans Kreuzberg. Et c'est reparti ! Petite parenthèse : Kreuzberg et Friedrichschain sont séparés par deux ponts (un de métro et un de .. Spree ?) par lesquels je passe à chaque fois que je vais dans ce coin là, c'est-à-dire la plupart des fois que je sors de Friedrichschain. C'est toujours des endroits où se forment des groups de cyclistes : le peloton de la Warschauerstrasse. Ceux qui anticipent les verts, ceux qui pennent au démarrage, ceux qui cherchent à crâmer les autres pour prendre de l'élan pour la côté (c'est ici que vous pouvez me reconnaître), ceux qui ont des vitesses sur leur vélo, ceux qui ont des charettes et qu'on admire, celle qui prend un malin plaisir à doubler sur le deuxième. On est souvent une quinzaine, à regarder le spectacle de jongleurs de feux rouges, en attendant d'appuyer sur les pédales.

Il y a une petite ambiance fête de la musique au nord de la U1. Beaucoup de monde, des groupes qui se relayent sur différentes scènes, encore de l'électro mais aussi du punk, du reagge, même des jazzeux paraît-il ! Je passe un bon moment à me ballader, regrettant de ne plus avoir de batterie dans mon appareil photo. Bonne ambiance, vraiment, des gens qui n'ont pas encore atterri de la veille et qui continuent de danser. Un groupe de rock leadé par une asiat en veste en plastique vert.

Je retrouve les ptits lous de la Gärtnerstrasse près du départ de la manif. 19h, le cortège démarre au son de grosses musiques révolutionnaires (de près ou de plus loin) sur des camions. Motivés motivés... Grosse pensée pour Anouk. J'entends à un moment que nous sommes 20 000. La suite plus tard.

samedi 24 avril 2010

Le karaoké du Mauerpark

Dimanche dernier c'était grand soleil sur cet énorme parc avec une partie de puces et échopes diverses. Un large bande d'herbe la sépare d'un amphi entouré d'herbe. Au bas de l'amphi, une sorte de scène, comme il se doit. Dessus, une installation avec un vélo/cariole, un mac, un parasol pour le protéger - et pour y voir - deux grosses enceintes d'un autre temps : le karaoké du Mauerpark. Un bon millier de personnes, gradins blindés, sur l'herbe autour, derrière la scène.

Il faut être vaillant.

Les niveaux sont très différents, un groupe d'ados vient chanter et chorégraphier YMCA, une minette lance des frissons dans l'audience sur Alicia Keys - If I ain't got you. Un type vient beugler du ACDC - dommage. Like a Virgin suivie de Pretty Woman. Le public rigole de loin mais applaudit toujours chaleureusement. Un type ivre mort monte sur la scène, manque de se casser la gueule. S'asseoit, s'allonge, se retourne, semble agoniser au soleil. Puis se relève, casse un peu les couilles, enlève sa veste, fait quelques pompes sur No Woman No Cry et les encouragements du public.

Prochaine étape : aller voir de plus près les choix disponibles, et se mettre un grand coup de pied au derrière !!

lundi 19 avril 2010

Visite de Constance et Alice

Une semaine bien chargée, rythme de touriste/night animal. 2x 4 jours à voir/faire beaucoup de choses. On va essayer de se la jouer chronologique.

La soupe suédoise avec Constance, ou l'équipe de la Tanzfabrik en lendemain de Lange Nacht, fatiguée et un peu nerveuse. Cuisiner dans un bureau c'est pas évident... On mène notre mission à bien, elle va voir le spectacle pendant que je m'assure que la soupe ne crâme pas. En discutant avec deux élèves qui bossent à la TF pour avoir de grosses réductions sur les cours, buvant deux verres de blanc. La performance qui vient d'avoir lieu, c'est celle des suédoises du workshop de danse contact qui font piocher des thématiques d'impro au public avant de se lancer. Ca va d'"éloignement / rapprochement" à "transformez le public en chorale de bruits d'animaux pour improviser". Ce dernier est plutôt coopératif dans ce genre de situation, et j'avais un super mouton à deux places de moi !

Une grosse expédition fripes avec Constance, au Garage, à Nöllendorfplatz. Emprunter le vélo de Nico trop haut, barre au milieu, rétropédalage casse-gueule. Au final un énorme magasin mais au goût souvent douteux, parfait pour des déguisements plus que pour le quotidien. Des matières, des couleurs et des imprimés qui font un peu perdre la tête. De tout, des bacs de cravattes, chapeau de cow-boys, des centaines de jupes de toutes les longueurs, toutes les formes. Des robes de gothique, des robes de bal, des robes de mariée, à froufrous, à jupons, à certaines héroïnes de galas Science Po..

Contre-temps du mardi soir, avion d'Alice annulé, nous voilà parties pour une dernière soirée à aller d'un bar à l'autre, retrouver quelques collègues puis retourner (pour moi) au RAW Tempel, ce gros bloc de béton plein de musique sur laquelle il fait bon dépenser pas mal d'énergie. Cette Revaler Strasse a quelque chose de dingue dans sa structure : ce grand mur couvert d'affiches, avec quelques entrées qui mènent à 4 ou 5 clubs, chemins de terre, hangards, punks, autres, et souvent un type avec son caddie et ses cinq sacs poubelles qui (sur)vit des consignes des bouteilles qui trainent partout. A environ 20 cts la bouteille, je pense facile 500 bouteilles en moyenne par soirée, ça fait du 2600 en comptant 4 jours de congés... Et c'est pas pire que danseuse au Abercrombie & Fitch de Tokyo ! Coin définitivement sympa.

Ca m'amène forcément à notre vendredi soir simplement dingue. On a découvert la Revaler Strasse bis, à Ostkreuz. Encore une grande épopée de soirée qui mérite ses détails. Mojitos chez moi avec Alice, Nico, Morgane, mon coloc. On part toutes les trois avec le vélo de Nico dans l'idée d'aller au Watergate, un des trois clubs très réputés à Berlin. On entend du Yelle par une fenêtre de la Mainzer Strasse. La roue arrière de Nico ne tient pas 50m, dégonflée. Me voilà partie à courir attraper le tramway pour les retrouver un peu plus loin, puis arrivées au Watergate, entrée assez chère, des gens qui sortent à 2h30, pas de queue, moyennement engageant. Morgane nous parle du Renata, un club à juste un station de métro ambiance XIXème, danser sur un énorme tapis oriental qui doit être dans un état pas possible. La perspective nous paraît sympa. Sur le chemin, elle ne cesse de se demander si ça sera ouvert, il est pas loin de trois heures, les mojitos sont loin et nos jambes (et têtes) un peu lourdes. On descend du métro et voyons des gens partir dans des chemins obscur d'où nous parviennent les accords d'une musique qui en ce lieu paraît irréelle. Vraiment. On continue, jusqu'à tomber sur le troisième endroit d'où on peut entendre du son. Au milieu de 50m de mur peint s'ouvre une porte. Des gens en sortent. On se regarde, on entre. Au milieu de quelques arbres, petit chemin qui mène à un bâtiment assez bas, à moitié en bois et tôle. A gauche, table de ping pong rouge trop jolie, gens qui boivent des bières. Personne à l'entrée, on y va. 4 ou 5€ les trois bières, comme tu veux. "Y'a des cinquantenaires tout défoncés qui dansent comme des teletubbies !" Faune autant que décors déroutants. La musique n'est pas ma préférée, de l'électro parfois tripante mais pas très originalement construite. On bouge, ayant en tête de découvrir cette rue plutôt que le Renata. Deuxième endroit, 5€, suivant. Troisième endroit très étrange, un vaisseau spatial genre grande tente en tôle avec des lumières bizarres. A l'intérieur, 12 pécos qui dansent en slip. Vision très étrange. On repart en tripant sur un mix de - mais si vous voyez, ça fait "papopapopolapo (X2) popapapalapapopapalapapopapalapapopa" (un cadeau à celui qui trouve le titre). Il commence à être 4h30 et on a eu notre lot de surprise. Ah bon ? Retournée à l'arrêt de métro, on croise un type qui est censé aller à une soirée d'anniversaire sur un bateau. L'adresse dit quelque chose à Morgane, il nous propose de venir. On se retrouve donc sur une sorte de bateau où des ptits jeunes ont l'air de festoyer. Petite partie de baby, très bon feeling ! Et lever de jour sur la Spree. Retour chanceuses des métros, couchées vers 6h.

Je finirai pour aujourd'hui sur la jam session du B-Flat de mercredi dernier. Si l'affaire est partie en trio, la scène s'est rapidement remplies, pour finalement donner un mélange fort sympathique. Le petit black au piano, avec sa petite dégaine très classe, gapette et chemise finement rayé, très souriant. Le vieux à la trompette, qui est venu faire deux morceaux et est reparti au milieu du troisième. Le contre bassiste que j'avais déjà vu, qui doit ptètre un peu manager la jam session du mercredi... Et des jeunes : un guitariste métisse asiat, la sax alto aux cheveux dans la gueule en solo, pour le moins expressive. Le sax du type à la casquette qu'on croyait plus timide qu'il n'était, une fois lancé. Le trompettiste un peu prétentieux peut-être, et un batteur qui faisait vraiment tout jeunôt mais semblait tellement bien sentir son truc ! Passer le concert assises sur le bord de la "scène", prendre quelques mauvaises photos. Apprécier la diversité des profils, les sourires échangés, les regards satisfaits des grands. Du bon jazz qui auraient parfois pu donner envie de danser.

Du coup, après périple en France et visites berlinoises, il est temps de rattaquer les choses sérieuses. J'ai rendez-vous avec Ludger demain, j'attends avec impatience de savoir quelle peut être la suite du plan "soupe suédoise" !

vendredi 9 avril 2010

Trois workshops

Retrouvailles berlinoises plus que chaleureuses, vélo au soleil du matin sur fond de System of a Down, arrivée en bas de la Tanzfabrik pour y croiser une énorme black qui me dit "salut". Pourquoi pas. Je la reconnais comme étant Elsa, la responsable du workshop de danse africaine. Je lui propose mon aide pour monter ses sacs, elle m'explique qu'elle a les genoux détruits et accepte bien volontiers. Je vais ensuite retrouver Gabriele (une danseuse qui s'occupe pas mal des workshops pour la Tanzfabrik) et Florian (photographe pro) pour voir l'organisation de la journée, rapidement comprendre comment marche leur caméra.

Premier workshop adressé aux pros, animé par Ori Flomin, danse contemporaine vraiment sympa avec beaucoup de mouvement et d'énergie. Particulièrement dur à filmer (pas de possibilité de recul, difficile de bien cadrer en suivant les danseurs...) En musique, des groupes qui se relayent et répètent la même phrase chorégraphique. Certains restent un peu après pour repasser par groupes de trois, un peu plus lentement pour que Florian capte les mouvements qu'il n'a pas réussi à avoir dans le groupe. On en parle après, de la difficulté à anticiper. Ma seule séance de photos dans un cours de danse m'aura au moins appris ça : regarder un enchaînement de mouvements deux ou trois fois pour savoir que telle, telle et telle image, il faut les capter. Et les anticiper pour ne pas les louper, capter les déséquilibres, les changements d'appuis. Filmer le duo atypique d'un photographe à moitié allongé et d'une danseuse.

Deuxième workshop, grosse ambiance dans le studio 4 (celui que je ne connaissais pas, géographie du bâtiment décidément assez complexe, avec des portes cachées...). Une petite quarantaine de participants pour la danse africaine, trois percussionnistes, et Elsa sur une chaise, avec des baguettes, qui donne le rythme. Elle nous explique comment elle souhaiterait que l'on travaille au regard du workshop qu'elle propose, glisse des phrases en français puis me demande de venir la voir. Elle me prend une main qu'elle serre contre elle puis se ravit de pouvoir répéter ses consignes en français ! Des chorégraphies collectives, un grand mouvement vers l'avant, beaucoup d'énergie également, très différente de la précédente ! Le parquet qui vibre. Filmer les pieds qui rebondissent. Puis quelques trios de danseurs qui pratiquent depuis un moment, un peu par niveaux. De l'impro, guidée par les variations des percus, et une énergie encore particulière de quelqu'un qui sait qu'il est regardé par une petite cinquantaine de personnes. On applaudit, on crie un peu !

Troisième workshop proposé par des suédoises, de l'improvisation en danse contact. Premier exercice consistant à aller faire des calins à tout le monde, en se concentrant sur le fait que l'autre est une étoffe toute douce, que l'on effleure d'abord avant de franchement serrer. On les regarde avec Gabriele quand une des animatrices (coupe courte saumon fluo, très bonne tête !) vient la prendre dans ses bras, puis me faire un calin aussi. C'était tout doux, très apaisant. Ensuite un travail par duo avec un plus passif et l'autre plus actif, se suivre, s'entendre, se comprendre. Respirer, rire, chanter un peu, donner vie à la relation en création. Assez peu de participants donc pas trop compliqué à filmer, moyen d'avoir des images sympas. Puis des exercices de voix qui commencent par grommeler et un peu vociférer aussi, pour laisser la voix se libérer sur des essais complètement désinhibés de I will always love you (à propos, jeter un oeil au zapping d'hier je crois avec un tawainais assez incroyable !), très rigolo !

J'ai l'impression de n'avoir croisé que des gens qui (me) souriaient aujourd'hui, ça fait drôle !

Pour la suite, demain se tient la Lange Nacht der Opern und Theater, donc 5h d'animations diverses dans les différents studios et Bibi pour boucher les trous, et bien sûr profiter du spectacle... Entre deux, il s'agira de trouver une recette de soupe suédoise à préparer pour la perf de dimanche soir à laquelle seront présents des membres de l'ambassade suédoise (ça rigole pas..), performance présentée par les animatrices du dernier workshop. Et encore entre deux, Constance débarque dimanche matin.

Sinon, dans les bonnes résolutions et après discussion avec Jeanne à ce sujet, la bière c'est fatal : vive le régime mojito !! A suivre...

lundi 29 mars 2010

Mes colocs, des êtres à part...

Armando et Emmanuel, 25 et 33 ans, sont mes deux colocs italiens. Le premier est DJ deux soirs par semaine et serveur un autre soir, le second fait beaucoup de peinture et de dessin et gagne sa vie comme guide.

Armando émerge couramment entre 15 et 16h, passe le plus clair de ses journées en pyjama, à se faire des bouffes plus ou moins italiennes, à écouter du son et de temps en temps à refaire une sieste, parce que la vie est trop dure.. Points positifs : il m'a montré comment faire des pizzas maison (depuis la pâte) et peut m'apprendre quelques autres trucs en cuisine. Il a des invitations dans les boîtes dans lesquelles il mixe, ce qui peut être bien sympa un de ces 4 ! Point négatif : a la fâcheuse habitude de laisser un petit fond de tout, puis d'attendre qu'on fasse les courses pour être content qu'on ait de nouveau du pain, du sucre, du jus de fruits..

Après avoir passé trois jours en pyjama, Armando s'habille - la dernière fois c'était pantalon en cuir bien moulant, chemise noire, bretelles et cravate blanches - pour aller taffer. C'était assez caucasse parce que deux copains sont venus le retrouver, tous en noir mais avec des looks très différents, l'un un peu grunge, l'autre plutôt du genre néonazi qui fait peur. Et depuis la cuisine, avec Morgane, on assistait au défilé..

Transition maquillage : vendredi dernier, Armando me demande si j'ai du maquillage blanc car il aimerait se faire des rayures blanches au dessus des yeux. Je lui réponds que je n'en ai pas, puis demande à Emmanuel s'il en a. Oui, mais Armando n'ose plus lui demander de maquillage depuis la dernière fois où il lui a tout pourri un truc sans trop lui dire et sans en racheter, du coup mes colocs sont un peu brouillés autour de la question make-up... (Au passage, assumer sa féminité, dans cet appart, c'est pas toujours évident ! - il y a notamment de la crème dépilatoire pour homme dans la salle de bain..)

Emmanuel, définitivement sexy avec le fameux contrast cheveux noirs yeux bleus clair, à ajouter une crête assez longue qui retombe sur le côté de son visage, piercing à la lèvre et deux à l'oreille (dont une épingle à nourrice). Tout de noir vêtu, sauf les sous-vêtements (grande conversation à ce propos) et un ou deux t-shirts. A monté sa boîte de guide pour italiens avec une amie, et va régulièrement au camp de Sachsenhausen (LE camp de concentration à côté de Berlin). A vrai dire, j'aimerai bien voir la tête des gens le voyant arriver pour une visite. Il dit lui-même que des fois, les gens le regarde un peu de travers, puis il les convaint qu'il n'y a pas de raison, en se montrant encore plus poli et souriant. C'est rigolo je faisais pareil quand j'avais les cheveux bleus : être particulièrement aimable pour remettre le jugement premier des gens en question.

C'est avec lui que je m'entends le mieux, que je discute un peu. Il fait des pantins en papier qui font un peu peur, leur donne des noms. M'emmène en boîte ou au marché turc. Ramène plutôt des garçons à la maison. A fait du théâtre, intéressé par la danse, fais attention à lui et achète du yahourt allègé.

La vie ici promet d'avoir ses surprises, et j'attends avec impatience de voir à quoi ressemble le Dunkelclub dans lequel je vais ce soir avec Emmanuel..

lundi 22 mars 2010

Un lundi au soleil

Mais commençons par l'histoire de Shuya.
Shuya est une petite chienne qui était abandonnée sur une place à Budapest, dans la neige et toute maigre. Nico et Avrill sont passés par là. Pas moyen de la refiler à une asso sur place, Nico se tape 12h de train pour ramener la chienne, définitivement adoptée. Un peu peureuse au début, quelques difficultés de sociabilisation avec Macha (la chienne du coloc Karl). Mais curieuse comme une petite chienne toute mignonne, batarde sensible.
Et puis Shyua a vraiment un comportement bizarre. Tourne en rond, suit son maître absolument partout - "affectivement dépendante", très jalouse. En fait Shuya est pleine. Depuis un bon moment, et les petits seront là dans une semaine. Une semaine plus tard, toujours rien. Les parents commencent à s'inquiéter, péter les plombs d'une chienne qui n'a plus de place, ni pour son estomac ni pour ses intestins et qui se vide de partout (mmmmh !!) Et elle a finalement trouvé la force de les pondre, ses sept petits. Tout noirs, tout piallants, se grimpant les uns sur les autres pour aller têter. Des chiots quoi, les yeux fermés, qui comprennent pas grand chose. La maman n'aime pas trop qu'on les prenne dans la main, elle est du genre inquiète...
Elle est redevenue maigre, bouffe comme 4, apprend à courir et a l'air de bien aimer ça !
Juste après avoir récupéré la chienne, ils ont croisé une femme qui a sauté sur Shuya en la voyant et en lui parlant en hongrois. Refusant visiblement de dialoguer avec les nouveaux maîtres. Puis repartant comme elle était venue, assez improbable. Peut-être était-elle simplement contente à l'idée de savoir sa chienne entre de bonnes mains...
Bon après cette séquence émotions, quelques blagues de plus ou moins bon goût sur les Allemands :
Pourquoi les Allemands sont sympas, mais bon, quand même...?
Ben parce que "Heil Hitler !"
Pourquoi les gueules de bois sont-elles particulièrement dures à vivre en Allemagne ?
Parce que c'est quand même vachement compliqué de devoir trier les merdes d'une soirée dans 5 poubelles différentes !
Pourquoi les Allemands font-ils la gueule le 11 Novembre et le 8 Mai ?
Parce qu'eux, ils doivent aller bosser...
Avis aux expat' : vous avez pas des blagues dans le genre qui vous viennent sur les gens avec lesquels vous vivez ? Armelle, j'attends les tiennes !
Je finis par expliquer l'objet du lundi au soleil. (oui, je sais, on est déjà jeudi, et alors ?!!)
Rdv avec Judith, la nana que j'avais rencontré il y a un bon mois et qui est administratrice d'une compagnie de danse, dans le genre. Discussion très intéressante, tout en découvrant les vertues du Club Mate (boisson blindée de caféine, un peu goût de sirop d'érable et pétillant), notamment à propos des lieux et des gens.
Ma question : quel est le plus intéressant - travailler pour une salle, organiser des programmations, organiser une saison... Ou suivre un collectif - troupe, compagnie ou groupe de musique - et donner une structure au projet artistique. L'idée, c'est que dans le cadre de la salle de spectacle, la structure est en grande partie déjà là : assurance, personnel, une partie du budget est stabilisée par des aides régulières (ça pourrait paraître logique, même si attente de résultats). Dans le cadre d'un groupe, le projet précède la structure, ce qui est apparemment plus intéressant à construire et à vivre. A partir de l'envie créative, on adapte un cadre, avec des lignes dures et aussi la possibilité d'improviser aussi à chaque fois dans les formes. Un exemple : la perf de Shannon Spiral Pendulum est aussi une installation visuelle avec des écrans diffusant Spiral Pendulum filmé dans différents endroits etc, et ça peut aussi bien se tenir dans une gallerie que dans un café artistique que lors d'un festival de danse.
Je lui ai demandé conseil pour le stage de M2. Ma question : me "spécialiser" sur le territoire allemand - et berlinois - en changeant de domaine et en allant alors plus vers des musiciens (des jazzeux !) ou bien continuer dans la danse contemporaine et me trouver une chouette compagnie ave qui aller bosser en Chine. Elle me conseille vivement le second choix. Elle-même particulièrement emballée par son expérience de la danse et me conseillant réellement d'approfondir. Et puis la Chine, il fau(drai)t.
D'autres pistes qu'elle me suggère, des petits conseils pour toucher du doigt le type de taf que c'est réellement. Et la possibilité de la suivre un peu en mai-juin, quand Shannon sera en résidence à Ahrenshoop (près de la mer de l'autre côté du Danemark). Elle a l'air d'avoir trouvé un équilibre parfait entre tout ce qui touche à la gestion d'un tel collectif et aux projets qui l'animent, tout en ayant la possibilité d'apporter un regard artistique sur ce qui est créé.
Petite assiette de noodles assise dans l'herbe - encore légèrement humide - d'un parc entre Mitte et Kreuzberg, grand soleil qui chauffe le dos. Puis rendez-vous à la Tanzfabrik. Avec des perspectives assez sympas. Ils se son "enfin" décidés à ouvrir un compte Facebook (ouais, j'ai 42 amis !), dont je m'occupe pour l'instant. Recherche de contacts, publication d'évènements pour les workshops du festival (ce qui signifie demain traductions de l'allemand pour en faire des résumés en anglais, oupii !) Et une grosse journée en perspective caméra à la main à passer dans 6 ou 7 workshops avec un photographe à prendre des images pour réaliser un petit trailer pour de la future comm. Ce qui peut également m'apprendre à faire un brin de montage - le genre de chose qui peut être assez utile par la suite.
C'était donc un lundi au soleil tout à fait plaisant !